Méditation "l'Atlas"

d'une amie de Pierre de Polytech


Dominant la grisaille de la ville, il est une barre rocheuse dont les cimes écrasent le plafond bleu. Comme un tapis de velours, la neige couvre les sommets et se blottit dans les sillons de ce vieux visage craquelé. Ce vieux visage qui, soudain, se disloque et engloutit ceux qui l’aiment de trop près.

 

Élancée et trapue, glaciale et torride, forte et fragile. La montagne porte le monde sur ses épaules.

Le soleil miroite sur les cristaux de neige, de glace, de roche. Les pas de l’homme sont lourds, mais vigoureux. Sa force s’exprime dans sa plénitude, calme et endurante. Les rayons du jour effleurent la silhouette du massif, formant un voile doré dans lequel les ombres dansent. L’homme souffle et compte ses pas. Il plante son piolet dans le gel qui s’émiette sous le coup. Le froid referme ses griffes sur l’instrument, l’homme se hisse. Au bout du couloir, la neige sera vierge de tout pas, le monde sera neuf, silencieux. Seuls l’attendent des pics ensoleillés, des plages blanches, des océans de nuages.

Et le ciel, ce ciel profond…

 

L’homme grimpe doucement, mais sûrement – comme chaque pas qu’il pose dans sa vie – pour s’élever au-dessus des nuages. La lumière sera blanche, orange ou mauve, peut-être même l’ombre l’emportera-t-elle. Il ne suffit pas de le savoir, il faut monter pour s’éblouir de ces merveilles, pour élargir son cœur d’homme à la contemplation de la Création divine.

Le pays des mille sensations imprègne le corps de fatigue, de douleur, de froid agressif…, de paix et de douceur. Chaque pas est une prière, chaque regard s’étonne et se perd dans la beauté parfaite du paysage.

Les nuages s’écartent pour offrir une trouée au soleil. Ils flottent, se referment sur la lumière, dévalent le long des roches…

Enfin, le ciel se dévoile dans son immensité.

 

Dans les hauteurs, le vent a souligné les reliefs en soufflant sur la neige. Les pointes rocheuses se sont libérées du manteau immaculé, alors que des contreforts blancs se pressent contre leurs racines. Le paysage disparaît sous les pieds de l’homme, les nuages coupent le cordage qui le liait encore au monde. Ils forment un sol nouveau sur lequel il faut s’appuyer pour grimper encore, et admirer de plus haut ces champs cotonneux que seules transpercent quelques cimes enneigées.

Chaque ascension est un exploit physique, une victoire spirituelle. Quand, à l’accomplissement de ce périple, l’alpiniste lève les bras vers le ciel, son sourire triomphant est une louange profonde qui monte vers Dieu.

 

L’Atlas porte le monde sur ses épaules. Joie et douleur sont immenses, l’homme y songe sans cesse. Il est prudent, mais la nature est une reine imprévisible. Il suffit d’un coup de passion pour que la montagne étouffe son amoureux d’une étreinte mortelle.

Ni les cris ni le silence n’ébranleront ce visage impassible : les pierres qui portent le monde sont mères des émotions. Les sommets, irréductibles, s’élèvent sans changer d’apparence. Noce et deuil portent le vêtement blanc. Dans ce voile pur demeure l’espérance. La lumière, or, orange ou mauve, se reflète pour réchauffer les cœurs et les mener à Dieu.

 

Vers les hauteurs !