Homélie pour l'épiphanie

par l'abbé Grosjean, à la paroisse Saint Antoine le 4 Janvier 2015 pour l'épiphanie


Alors que nous préparions Noël dans la nuit du 24 Décembre, Pierre et Charles ont été emportés dans une avalanche. Leur famille, au cœur même de cette joie de Noël, a été plongée dans une peine indicible.
Pierre et Charles, je les connaissais parce que j’avais été leur aumônier scout.
Je les ai connus quand ils avaient 15 / 16 ans, quand j’étais moi-même vicaire à la cathédrale.
Par la suite, je les avais un peu perdu de vue. Je les suivais de loin parce que j’avais changé de paroisse et puis eux sont partis pour leurs études supérieures. L’un avait intégré l’école de l'air et l’autre une école d’ingénieur à Grenoble.
Quand on est vicaire à Saint Antoine du Chesnay où à la Cathédrale, on voit passer beaucoup de jeunes mais Pierre et Charles étaient de ceux dont on se souvient longtemps.
Des cœurs purs, un sourire franc, des garçons d’une clarté étonnante, qui avançaient droitement… sans doute que leur amour de la montagne révélait ce goût des hauteurs qui éclairait tous leurs engagements.

Pourquoi je vous dis cela ? Parce que j’ai été bouleversé comme beaucoup d’autres en découvrant les témoignages qui ont afflué, en particulier de leurs amis, étudiants, à Grenoble, à l’école de l’air, à Versailles.
Ces deux garçons modestes, assez humbles, parce qu’ils avaient simplement pris au sérieux leur vie chrétienne, leur vie scout, ont eu un rayonnement dont nous soupçonnions pas l’ampleur, l’étendue.

Nous avons été marqués par les témoignages bouleversants de jeunes qui ont tous dit la même chose : "Pierre et Charles nous ont fait grandir". Des jeunes parfois loin de l’Eglise, des jeunes qu’ils avaient rencontrés en école, des amis proches, qui ont tous dit le rayonnement de ces deux garçons. On les aurait pas forcement repérés s’ils avaient été parmi nous ce soir parce qu’ils étaient humbles.


Pourquoi je vous dis cela ? Parce qu’il y a deux choses dans cet évangile de l’épiphanie que j’ai mieux comprises à la lumière du départ de Pierre et Charles :   La première c’est l’étoile.


Pour aller jusqu’à la crèche, pour découvrir l’enfant Jésus, les Rois Mages ont dû suivre une étoile. Forcément, nous avons tous eu cette question en apprenant la mort de Pierre et Charles : Pourquoi Seigneur ? Pourquoi cette vie arrêtée maintenant? Deux garçons si prometteurs, pleins d‘avenir, extras. Pourquoi? Et puis je suis tombé sur un texte de Benoit XVI, qui disait : « les saints dans l’Eglise, c’est comme la constellation de Dieu », ces étoiles qui nous sont données pour trouver Dieu.
Je ne veux pas canoniser Pierre et Charles. Il faut prier pour eux, pour qu’ils soient accueillis dans la joie du ciel. Mais il me semble, quand même, que ces destins assez étonnants et si particuliers de vies si courtes, trop tôt arrêtées, et pourtant qu’on découvre si pleines, parce que données, ces destins... ces vies nous sont sûrement offertes, comme des étoiles à suivre, comme des comètes qui passent vite, trop vite mais qui brillent, et qui montrent le chemin.

C’est une vraie question pour nous mes amis ; quelle étoile suis tu ? A quelle étoile accroches-tu ta vie pour trouver Dieu ?
Il me semble, voyez-vous, que dans ces grands frères du ciel que Dieu nous donne, que dans ces saints connus ou inconnus, il nous faut choisir parmi eux telle ou telle étoile qui nous éclaire, qui nous fait avancer. Quand le chemin est trop difficile, quand le poids de nos faiblesses se fait sentir, on a besoin d’une étoile pour arriver jusqu’à Bethleem.

Pierre avait en particulier une affection particulière pour Pier Giorgio Frassati. Il était entrain de lire la vie de Pier Giorgio Frassati pour la seconde fois. Ce jeune saint, amoureux de la montagne, mort à 24 ans, tout récent, que Jean Paul II a béatifié et a offert comme saint patron, comme exemple à tous les sportifs, les jeunes et montagnards.
Pier Giorgio Frassati a rayonné toute sa vie étudiante par sa joie, sa clarté, par sa pureté.
On comprend cette affection qu’avait Pierre pour lui et ses parents nous l'ont confié. Pierre avait choisi Pier Giorgio Frassati pour être son grand frère du ciel, comme une étoile à suivre.

Voyez, s’est le premier enseignement à tirer de cela : quelle étoile je vais suivre parmi tous les saints que Dieu me donne, parmi tous ceux qui m’ont précédés, parmi ces grands frères et grandes sœurs du ciel, que sans doute vous avez, vous connaissez autour de vous, dans vos familles, dans vos amis… une étoile, c’est à dire quelqu’un comme ces deux jeunes là, quelqu’un qui éclaire ma route.

Et la seconde chose, le second enseignement que je retiens : l’Epiphanie cela veut dire manifestation.


Dieu se révèle, Dieu s’est manifesté aux nations païennes au travers des rois mages. Et bien, aujourd’hui le lieu de la manifestation de Dieu, ce sont nos vies. 

Dieu veut se révéler au monde par nos vies, par la vie des chrétiens. Pierre et Charles étaient deux garçons « normaux » d’une certaine façon. Ils avaient une vie d’étudiants avec les joies et les combats que n’importe quel étudiant peut connaitre.
Ils avaient simplement pris au sérieux leur vie chrétienne, leur promesse scout, leur désir de servir.
Ils avaient un grand désir, non seulement de sainteté, mais aussi d’apostolat : beaucoup ont découvert Dieu ou redécouvert Dieu à travers eux, à travers leur vie.
Je suis sûr que Pierre et Charles ne s’en sont pas vraiment rendu compte, mais nous le découvrons maintenant parce que les témoignages affluent à cause de leur mort mais cela aurait pu continuer, à leur insu, sans le savoir, sans même chercher à le savoir. Simplement parce que voilà, deux chrétiens qui essayaient de vivre leur foi chrétienne, non pas tièdement mais de tout leur cœur, et bien forcement, cela rayonne. Et c’est un enseignement pour nous tous et un encouragement pour nous tous mes amis.

Nous avons parfois de la peine à le croire, du mal à le croire, mais chacune de vos vies peut être le lieu de la manifestation de Dieu pour ceux qui vous entourent.
Et c’est même cela qu’il faut désirer. Voyez, souvent pour nous même, on est assez paresseux, on est assez tiède. C’est vrai. Mais alors c’est un encouragement extraordinaire de se dire que si je vais cette année 2015 prendre la résolution - et m’y tenir - de prier un peu plus chaque jour, si je vais aller plus souvent me confesser, avec plus de franchise encore, si je vais communier autant que je peux, si je vais vivre la charité, m’engager, si je vais essayer de témoigner autour
de moi, ce n’est pas seulement pour moi, c’est parce que je voudrais tant que d’autres découvrent le Christ à travers moi.

Sans fierté, ce n’est pas pour m’enorgueillir. D’ailleurs, Dieu ne permettra pas que vous vous en rendiez compte. Souvent, Dieu permet que l’on ne voit pas trop le bien que l’on fait, heureusement pour notre humilité. Ne vous inquiétez pas de cela.
Mais à travers vous, à votre insu, Dieu peut, Dieu veut se révéler, veut se manifester à ceux qui vous entourent. Et pour moi, cela a été un encouragement profond de me dire : mais si Dieu a pu faire tout ce bien que je découvre, à travers ces deux garçons, mais alors qu’est-ce que j’attends pour être vraiment chrétien? Qu’est-ce que j’attends pour être un saint? Qu’est-ce que j’attends pour arrêter d’être tiède, pour arrêter de négocier le temps que je donne à Dieu, pour arrêter de faire les choses à moitié ? Qu’est ce que j’attends ?
Dieu me fait découvrir à travers cet exemple, la fécondité que peut avoir une vie. Non pas parce qu’elle est longue, mais parce qu’elle est donnée, parce qu’elle est vécu pleinement, parce qu’elle est vécu à 100 %, parce qu’elle est vécu vers les hauteurs.


Alors voilà la deuxième suggestion que je vous fais, un enseignement à en tirer, mes amis : tout simplement c’est de reprendre la devise de Pier Giorgio Frassati que Pierre avait fait sienne : « verso l’alto » : vers les hauteurs. C’est beau comme devise, surtout pour des jeunes qui construisent leur vie.

Et bien que, à la suite de Pierre et Charles, à la suite de tous nos grands frères et sœurs du ciel, que nous puissions, tels que nous sommes, avec nos faiblesses, nos fragilités - Pierre et Charles avaient les leurs, ils avaient leurs combat, ils avaient leurs difficultés - à travers tout cela, que nous puissions avoir ce goût du ciel, ce goût des sommets, ce gout des cimes, ce goût de ce qui est beau, de ce qui est grand, ce qui est vrai et que nous soyons, à leur suite, des premiers de cordées. Que nous puissions croire que nous pouvons l’être, non pas parce que nous sommes meilleurs, mais parce que nous laissons Dieu agir en nous.

Il faut que nous laissions Dieu agir en nous et nous aurons la joie de découvrir qu’à chaque fois que nous avançons vers Dieu, nous entraînons ceux qui nous entourent. Je le dis en particulier pour les jeunes dans vos groupes d’amis. Si un, deux ou trois osent avoir le désir, l’audace des sommets, alors c’e
st tout le groupe d’amis qui est tiré vers le haut, c’est tout le groupe d’amis qui goutent à cette clarté, osez y croire.
Osez vivre « verso l’alto » ! Dieu se manifestera alors dans vos vies et à travers vos vies pour ceux qui vous entourent


Amen


Pierre & Charles -retour de leur Profession de foi