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Homelie pour Noel

"Jésus est là – il est là par les frères qui nous sont donnés."

Frères et sœurs, que sommes nous venus chercher ce soir ? Pourquoi en cette nuit, nous pressons-nous dans cette église ? Les bergers ont quitté leurs champs « pour voir ce qui est arrivé, l’évènement que le Seigneur [leur] a fait connaître ».

Nous même, ce qui nous rassemble est un évènement. La venue de Dieu dans l’histoire des hommes. Quel mystère…

Mais qu’est-ce que cela signifie… ? Que nous sommes venus faire mémoire une belle histoire du passé ? Entendre un conte charmant qui nous invite à la douceur, à l’attention au plus fragile à partir de l’exemple d’un nourrisson dans une mangeoire ? Pour une part, bien sûr.

Bien plus, l’évènement qui nous rassemble est un évènement « au présent ». C’est la venue de Dieu, dans notre assemblée. Au quatrième siècle, Saint Ambroise disait « cela m’importe peu que Jésus soit né à Bethléem, s’il ne nait pas en moi ». Aujourd’hui.

Mystère incroyable de la venue de Dieu qui veut investir le cœur de chacun. Mystère de lumière et de vie. Mystère du salut qui veut rejoindre notre humanité secouée, blessée, désorientée par le mystère du mal et du péché….

Nous avons tous en mémoire les douloureux évènements de la mi-novembre. Nous savons la crise que traverse le monde contemporain – économique, géopolitique, climatique. Nous portons tous dans le secret de notre cœur, tant d’épreuves, tant de divisions, tant d’inquiétudes et de misères – dont certaines sont cachées et qu’il nous faut assumer seul.

Sur ce plan, notre humanité n’est pas tellement différente de celle de l’Empereur Auguste, « lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie ». Ce monde là était déjà marqué par des luttes entre nations et la violence. Bientôt, les saints innocents vont être massacrés. Les hommes et les femmes étaient déjà habités par les mêmes inquiétudes – se nourrir, se loger, se vêtir. Marie et Joseph en savent quelque chose.

Alors, Dieu est venu dans l’histoire des hommes. Dieu aime tellement l’homme qu’il lui a donné son Fils unique, pour nous sauver.

Le grand mystère de Dieu, mystère de vie et de lumière n’a besoin que d’une chose pour accomplir son œuvre… Etre accueilli. Etre reconnu. Ce mystère est offert à notre liberté humaine.

Marie, librement, a répondu à l’ange : « qu’il me soit fait selon ta Parole ». Joseph, librement, a accueilli chez lui sa fiancée – et l’enfant « auquel il donna le nom de Jésus ».

Librement, nous sommes, nous aussi appelés à accueillir Jésus. Voulons-nous accueillir le salut ?

Comment me direz-vous ? Noël est un évènement. Marie, dans la crèche de Bethléem, « retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur ». Le salut vient nous atteindre par cette somme infinie d’évènements où Jésus est là, avec tous ceux et par tous ceux qui se livrent à sa puissance et pour être ses instruments.

Le mystère du salut apporté par le Christ offre une espérance concrète à notre humanité – il n’est pas un vain rêve – parce qu’il nous rend acteur, coopérateur de la force de lumière et de paix qui jaillit du cœur de Dieu. Noël, est l’évènement conjugué de l’action de Dieu qui se donne à nous et de notre liberté humaine qui décuple nos forces lorsque nous accueillons ce don.


Reconnaître que Jésus nous sauve encore aujourd’hui, c’est rester attentifs à tous les évènements par lesquels il intervient encore dans notre Histoire. Essentiellement, dans les actes et paroles de sainteté dont nous pouvons être témoins jour après jour.

Savons-nous être attentifs à tous ceux qui autour de nous, par leurs actes de lumière, de vie, d’offrande, atteignent notre cœur et nous stimulent, influant sur le cours de l’Histoire. C’est par eux que notre cœur est travaillé et sauvé. C’est par eux que l’Histoire s’écrit puisqu’ils nous conduisent à poser des actes que nous n’aurions jamais posés sans eux.

Cet après midi, j’ai passé un long moment sur un site internet intitulé « Pierre et Charles ». Ces deux jeunes frères jumeaux de 22 ans, ont été emportés tragiquement par une avalanche, il y a exactement un an, le 24 décembre dernier. Pierre et Charles étaient profondément croyants. Passionnés de Dieu et passionnés des hommes, par leurs engagements et leur service. Passionnés de la beauté de la création et des montagnes en même temps que de leurs frères en humanité.

Les témoignages rassemblés à l’occasion de leur décès révèlent combien d’autres ont eu leur vie transformée à leur contact. Combien leur rayonnement a touché des cœurs au point de conduire d’autres à se donner à l’image du Christ serviteur. Dans une lettre à une des ses amies, Charles citait un passage de la prière eucharistique : « nous te rendons grâce car tu nous as choisis pour servir en ta présence ». Et il commentait : « quelle parole réconfortante ! ».

Quelle parole réconfortante de savoir que nous ne sommes pas seuls… et d’en prendre conscience par d’autres. Que Jésus est là – et qu’il est là par les frères qui nous sont donnés.

Frères et sœurs, nous venons de vivre une année difficile. Notre monde s’interroge. Notre monde se crispe. Notre monde s’inquiète. Nous en expérimentons les conséquences en chacune de nos vies…

Ce soir, en venant dans cette église, nous nous voyons confier une mission : être porteurs d’Espérance. Sûrs que l’Histoire reste à écrire – et que pour cela, nous sommes les instruments du Seigneur… pour peu que nous nous laissions sauvés par lui.

Jésus s’adresse à nous et nous sauve à chaque fois que notre cœur est touché par l’élan d’amour d’un autre – prolongement de l’offrande du Christ. Un effort fourni. Un renoncement librement choisi. Un refus du mensonge, de la compromission ou de la déformation. Un acte de courage, la transmission de la joie, une parole de consolation.

En cette nuit, soyons porteurs d’Espérance en nous laissant atteindre par l’Espérance des saints ! Ils sont porteurs d’Espérance ceux qui pensent leur avenir autrement que comme une course à l’argent et au pouvoir et choisissent d’être généreux. Ils sont porteurs d’espérance les pères, mères et enfants, les familles, qui misent sur la fidélité, le don de soi, l’accueil de la vie. Ils sont porteurs d’Espérance les éducateurs, les responsables politiques, tous ceux qui relèvent leurs manches pour servir ce monde dans la lumière de l’Evangile. Ils sont porteurs d’Espérance ceux qui n’opposent pas la fidélité à leurs frères et la fidélité à Dieu.

Frères et sœurs, l’action de Dieu peut changer toute chose de notre Histoire, par nos mains, si nous nous livrons à elle. Si nous lui-sommes fidèles. Avec le Christ, vainqueur de la croix, nous ne craignons rien. Les forces de vies sont bien plus fortes que les forces de mort. « Les ténèbres ne peuvent pas chasser les ténèbres. Seule la lumière le peut. La haine ne peut chasser la haine. Seul l’Amour le peut » (Martin Luther King). L’Amour, c’est le Christ. C’est lui qui nous sauve. En particulier dans cet immense mystère qui nous rassemble ce soir où il nous livre sa Parole et son Corps.

« Réjouissez-vous, hommes libres, voici naitre celui qui vous donne la liberté » (Saint Augustin).

Ouvrons grand nos cœurs pour accueillir celui qui se donne à nous.

Amen. 

P. Sébastien de Groulard +

Messe de Noël – 24-12-2015