6.Tout est accompli !

Retour du 57eme PMI (Pèlerinage Militaire International), Mai 2015.
Témoignage de Fabrice, un ami de Charles,  ancien élève officier du CSEA pour le Cameroun,

«Tout est accompli!»

Charles,

Pendant plusieurs mois je cherchais à comprendre, à me retrouver, à donner un sens à cette vie qu’on mène, à comprendre pourquoi le Seigneur t’a mis sur ma route, sur notre route. Après avoir fait le pèlerinage à Lourdes, j’ai vu, j’ai compris et je peux rendre témoignage.

En voyant Robert, ton filleul, s’avancer pour renaitre de l’eau et de l’esprit par le sacrement du Baptême, la première chose qui m’est venue à l’esprit est que ça aurait dû être toi à ses cotés. Je me suis dit que tu aurais bien aimé être présent. Tout à coup, le soleil qui semblait avoir disparu a laissé paraitre une lumière éblouissante, et sous cet éclat, j’ai vu Robert avancer, Augustin à ses cotés et surtout, j’ai ressenti ta présence près d’eux, près de nous. L’image était si forte que mon corps entier a tressailli. Plusieurs personnes autour de moi se sont mises à verser des larmes. Elles avaient été témoins autant que moi de cette image.

Lorsque Robert est arrivé près de l’évêque aux armées françaises, celui-ci lui a versé trois fois l’eau sur la tête. C’est lorsque pour la troisième fois l’eau coulait sur le front de Robert que cette voix m’a envahi, me disant : « Tout est accompli », cette phrase que Jésus a dite avant de rendre l’âme. Je n’ai eu que le temps de transmettre le message à ta maman qui était à ma droite avant de m’assoir pour me remettre de mes émotions. Celle-ci aussi s’est assise, comme si ces paroles l’avaient apaisée.

« Tout est accompli », pourquoi ces mots ?

Pour les comprendre, il m’a fallu revenir quelques jours après ton départ et fouiller entre les témoignages pour savoir ce que tu avais entrepris. Il en ressortait justement plusieurs choses :

L’échange avec le général

Dans son témoignage, le général B. ou Jean comme tu l’appelais, fait par de ce lien exceptionnel qui existait entre vous. J’étais au courant de cette relation, je la vivais de loin vu que parfois, quand je venais te rendre visite, tu me faisais attendre, le temps pour toi de finir d’écrire à ce correspondant. Au début, j’aimais te titiller du fait que tu prennes tout ce temps et que tu écrives un très long message à un inconnu bien plus âgé que toi, vu que tu m’avais dis que c’est un membre de l’association des anciens élèves de l’école. Mais avec le temps, j’ai appris à respecter ce temps que tu accordais à l’échange, et à m’intéresser à cette forme de relation, car j’avais compris que ça faisait partie de ta vie.

Le premier jour du pèlerinage, au petit déjeuner, chacun a eu droit à une feuille de format A4 sur laquelle on pouvait lire en entête : « ce que j’aurais voulu dire aux amis de Charles ». Un message de Jean qui était le premier signe que tu nous accompagnerais durant ces 4 jours. Dans le message, il nous fait savoir que désormais, toi, Charles, tu lui as envoyé une autre personne avec qui il pourra continuer de correspondre.

ü  Mission général: done !

L’aumônerie des élèves

Quelques jours avant ton départ, tu as écrit un message à tous les membres pour leur signifier combien tu souhaiterais que nous soyons tous unis pour faire vivre l’aumônerie. Tu nous as rappelé que notre aumônier est là à tout moment pour nous et que nous avons besoin de lui. Le message, qui la première fois est passée pour un interminable texte de Charles qui râle pour une ou deux absences, est devenu un testament à l’aumônerie. Les élèves ce sont mobilisés et sont devenus plus réguliers aux messes. Cette mobilisation s’est fait ressentir au pèlerinage avec notre délégation de plus de 60 personnes. On espère que tu seras toujours présent pour mobiliser les troupes.

ü  Mission aumônerie: done !

Le groupe de prière de Salon de Provence

La création de ce groupe a été assez surprenante. Je n’ai pas vraiment compris quand et comment tu es passé d’une simple idée à la finalisation du projet. Tout s’est passé tellement vite ! Le lancement n’a pas été évident, car il fallait faire un groupe avec les élèves sans empiéter sur les activités de l’aumônerie. Tu m’avais dit vouloir voir naitre un groupe de jeunes qui ferait de la louange, de l’enseignement, de la prière. J’avoue que je n’imaginais pas que ce serait possible car les élèves ont souvent des emplois du temps chargés, ce qui joue sur les effectifs et la motivation. Tu as trouvé comment résoudre le problème en allant voir le curé de Salon, pour lui faire la proposition de monter ce groupe dans ses locaux. Il a apprécié l’idée et a mis son église à ta disposition. Ça a permis aux élèves de changer d’air en allant à la rencontre de d’autres jeunes, ce qui a résolu le problème de motivation. D’autre part, la présence des jeunes de Salon a permis de résoudre le problème d’effectifs. Tout ceci a permis de consolider notre groupe pour faire mieux vivre notre aumônerie. Après ton départ, nous nous sommes demandé comment nous allions continuer à faire vivre le groupe. Heureusement, tu avais dit un jour que celui que tu pressentais pour te remplacer quand tu serais en stage de fin d’études serait Robert. Aujourd’hui, Robert a été fidèle à son parrain et a repris le flambeau du groupe.

ü  Mission groupe de prière:  done !

Association Notre Dame des Ailes

Je peux dire que cette association, et surtout ton engagement dans ce groupe a été la plus grosse révélation pour moi. C’est après ton départ que le Père Niel nous a fait part de cet engagement et nous a fait comprendre que tu as voulu que l’association soit reprise par les jeunes. Nous avons tout d’abord rebaptisé notre aumônerie en « Aumônerie Notre Dame des Ailes », nom que porte notre chapelle. Au pèlerinage, nous avons eu la visite de Jean Michel, qui est l’actuel responsable de l’association. Il nous a présenté les idées que tu avais et officiellement, nous a transmis ton héritage. Le chantier est désormais lancé.

Mission Association Notre Dame des Ailes : done !

L’entrée de Robert dans la famille des fils de Dieu

C’est à toi que, la première fois, Robert a révélé ce besoin de trouver le bonheur et cette envie de devenir fils de Dieu. Au-delà de l’attention personnelle que tu portais sur cet engagement, tu as mobilisé tout le monde pour permettre à Robert d’être bien préparé pour ses sacrements. La distance n’a pas été un frein pour toi dans ton rôle de parrain.

Le samedi 16 mai 2015 c’est l’accomplissement de la dernière mission. C’est surtout l’apothéose de toutes tes œuvres, de tous tes projets. Tous les partis sont réunis : l’aumônerie des élèves avec son padré et les élèves représentant les différentes promotions des différentes écoles, le Curé de Salon qui est le preuve que l’œuvre qu’est le groupe de prière de Salon a porté fruit, car nous sommes maintenant une famille, le général à travers sa lettre, l’association Notre Dame des Ailes à travers son responsable ta famille, Charles, représentée par ta maman. C’est dans cette ambiance, cette union, cette cohésion autour de tes œuvres que Robert, ton fils spirituel, s’est avancé vers l’évêque aux armées pour recevoir ses sacrements. Plein d’émotions, plein de conviction, il a été baptisé et désormais est membre du corps du Christ.

Mission Robert : done !

Maintenant, rien ne nous empêche de dire avec toi : « tout est accompli », même si ce n’est pas la fin, mais le début de ces œuvres. Il a fallu que tu parles pour que nous comprenions l’importance de tes mots, la portée de tes rêves.

Témoignage d’un ami, témoignage d’un frère

Charles, ceci est le témoignage d’un secrétaire d’aumônerie pour l’un de ses délégués, mais c’est avant tout le témoignage d’un frère. Quand on est loin de sa famille et qu’on se sent seul, il n’y a rien de plus beau que de voir un sourire, une main tendue pour nous proposer une aide. Depuis la première fois qu’on s’est rencontré, j’ai ressenti ce rapprochement, cette aisance. Tu es l’un de ceux qui m’ont fait comprendre que peu importe notre origine, peu importe notre couleur de peau, partout où nous nous trouvons, si nous avons autour de nous des personnes qui partagent les mêmes valeurs que nous, nous nous sentirons en famille. Tu as été pour moi un frère, un soutien. Ton engagement m’a permis d’être motivé. Tu as été pendant longtemps un binôme. Tu as toujours su trouver les mots pour m’entrainer dans tout ce que tu faisais. Tu as été la parole quand j’étais le rythme, le tout pour la belle louange qu’était la vie. Entre la chorale de l’école, l’aumônerie des élèves, le groupe de prière de Salon, tu étais toujours en train de me dire « viens on va !». Peu importe les justifications que je pouvais te donner, tu me disais « ce n’est pas grave ! ». Tu savais aussi trouver la motivation qu’il me fallait pour mener à bien tout ce que j’entreprenais. Quand on se retrouvait confronté à des difficultés, pour toi il n’y avait pas 1000 chemins : seul la prière était la solution. Tu savais consacrer du temps à Dieu pour toi, mais aussi pour tes proches. Je me souviens être entré dans ta chambre un jour et avoir constaté toutes ces photos (le mariage de ta sœur, la promo, la prépa, ton frère,…) sur tes murs ou ton chevet. Quand je t’ai demandé pourquoi tu avais décoré ta chambre avec tant de photos, tu m’as fait comprendre que c’était ta manière de prier pour tes proches. Tes proches, grande préoccupation pour toi. Quand on trouvait des personnes qui se posaient des questions, qui avaient besoin de soutien, ensemble on trouvait le moyen de nous rapprocher d’elles. Ensuite on partageait nos idées pour trouver la méthode adéquate pour leur venir en aide avec le padré. Ainsi était notre travail à l’aumônerie. Il faut plusieurs livres pour pouvoir parler de tout ce qu’on a pu partager, Charles, mais tout se résume en une seule phrase : Charles, tu étais un être exceptionnel.

Aujourd’hui, je sais que tu as quitté nos faces pour t’installer au cœur de nos vies, pour rester à jamais dans nos cœurs. Nous sommes peut-être tristes de ton départ, mais la joie de savoir que tu es allé à la rencontre de ce Dieu que tu aimais tant domine toutes les autres émotions. On dit souvent que « quand Dieu t’enlève une chose dans les mains, c’est pour qu’elles soient libres pour recevoir ce qu’Il veut t’offrir ». Nous avons peut-être perdu un frère, mais nous avons gagné une famille, une très grande famille, celle des proches de Charles qui sont désormais nos proches. En plus, nous avons désormais le privilège d’avoir une personne, non, deux personnes de choix qui intercèdent pour nous là haut. Aujourd’hui je rentre avec la certitude que ma vie sera belle car au ciel j’ai des personnes qui veillent sur moi.

Reposez en paix ton frère et toi !