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3-Un témoignage pour Pierre

par le père Pierre-Hervé Grosjean



Mon cher Pierre,

Ce matin de Noël, quand j’apprends juste avant de célébrer la messe que Charles et toi êtes morts en montagne, je me suis précipité dans mon appartement au presbytère. 
Là, je me suis arrêté comme hébété, devant ce grand cadre que j’ai depuis quelques années. On y voit Tanguy, un garçon de ton équipage, prononcer sa promesse, sur la pla
ce de la Cathédrale. Tu es 
derrière, posant ta main sur son épaule. Tanguy se savait condamné par la maladie. Tu le savais aussi. Tu as préparé sa promesse, avec François Xavier votre chef de Troupe. J’étais votre aumônier. Quelques mois après, tu visitais Tanguy pour la dernière fois. Avec ton équipage, vous saviez que c’étaient des adieux. Tanguy s’est levé, usant ses dernières forces pour vous saluer un par un. Tu as ce geste beau et simple : tu as décidé de déposer ton staff auprès de lui, comme pour l’accompagner jusqu’au bout. Quelques jours après, c’est toi qui déposais son bâchis sur son cercueil, ici même. Je regarde cette photo, et ne peut m’empêcher de penser que tout cela te préparait. Ce n’est pas anodin, pour un chef de patrouille de 15-16 ans, de vivre ainsi sa charge d’âme, d’accompagner jusqu’à son départ vers le Ciel un de ses scouts. Sans doute as tu alors médité le poids que prenait la devise des scouts « Toujours prêt ». Tanguy, passé devant dans cette course vers le Ciel, a dû être le premier à t’accueillir, fier de présenter au Bon Dieu son Chef d’Equipage qu’il aimait tant !

Quand on est vicaire à la Cathédrale, on voit passer beaucoup de jeunes. Avec Charles, tu es de ceux dont on se souvient longtemps. Je garde le  souvenir de deux cœurs purs, des garçons vrais, au sourire franc. Modestes, moins grande gueule que beaucoup d’autres, d’une belle droiture. Nous prêtres, passons beaucoup de temps à chercher la brebis perdue. Cela ne nous fait pas oublier pour autant celles qui avancent droitement vers les sommets. Tu es de ceux pour lesquels je rendais grâce simplement, en voyant l’œuvre de Dieu se faire, et toi y être disponible, au delà des faiblesses ou des fragilités qu’on a tous.

Hier soir, j’étais heureux d’entendre témoigner tes amis de Grenoble. Je découvrais un peu plus le rayonnement que tu avais auprès d’eux, tes engagements… comme si tout ce que tu avais reçu ici, dans ta famille, dans cette paroisse et dans ta troupe, portait déjà du fruit, s’épanouissait et se diffusait. Tout cela ne s’est pas fait sans combat : tu as eu en particulier à affronter un échec douloureux au concours. Tu as appris à avancer, à choisir pleinement ce qui t’était donné de vivre. Mais tu n’as pas oublié ta promesse de servir : au chemin neuf, à la troupe de Grenoble, à l’aumônerie étudiante,

auprès de tes amis, tu as continué à te donner. Avec la même franchise, la même joie, le même enthousiasme, la même clarté. Tous me l’ont dit : « Pierre nous a fait grandir ! ». 
Ton coloc Tristan me disait hier que vous aviez pris l’habitude de prier chaque matin, tous les deux. Chaque matin ! Et que pas une seule course en montagne ne justifiait de manquer la messe du
dimanche soir ! Il ne faut pas aller plus loin pour comprendre la source de ces belles amitiés que tu as vécues, et de ton rayonnement.
Tu avais repris la lecture ces jours ci de la vie de Pier Giorgio Frassati. Ce jeune étudiant italien, béatifié par Jean Paul II, était comme toi un amoureux de la montagne. Tu devais t’en sentir proche. Le Pape l’a donné aux jeunes, aux sportifs et aux montagnards comme exemple et saint patron. Sa devise tenait en deux mots « verso l’alto » : « Vers les hauteurs ».

Pierre et Charles, c’est le dernier service que je vous demande de tout mon cœur de prêtre. En plus de donner beaucoup de courage à votre famille, à votre petit frère qui aimait tant vous suivre, entraînez nous vers les hauteurs. Donnez aux jeunes ce goût des sommets, de la beauté des cimes, de la clarté, dans tous leurs engagements. Quand la route est difficile, quand
le poids de nos faiblesses se fait sentir, apprenez nous à regarder le Ciel, pour y trouver la force d’avancer.
Pierre et Charles, restez et demeurez pour nous tous les premiers de cordée que vous avez été pour vos amis. Je vous confie les jeunes de cette assemblée. Que leur vie, sans attendre, soit pleine et donnée. Qu’à votre suite, leurs joies soient vraies. Pierre et Charles, et tous nos grands frères du Ciel que nous a donné cette paroisse… l’abbé Hyvernat, Cyprien, Tanguy, Alban… aider à nous à vivre « verso l’alto » … vers les hauteurs !
Un coin de la chambre de Pierre à Grenoble      un autre coin ....